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𝗣𝗮𝗿 𝗚𝗢𝗢𝗥𝗘 𝗬𝘃𝗲𝘀 𝗔𝘅𝗲𝗹

Malgré les appels çà et là à la paix, à la modération dans le langage, à la décrispation, la polarisation sociale et politique perdure et pourrait déboucher sur une nouvelle période d’instabilité dans notre pays, la Côte d’Ivoire. On constate ainsi qu’à de nombreux égards, nous traversons une période de « recul démocratique » généralisé. Quatorze ans après une guerre civile qui avait fait 3 000 morts, la tension remonte en Côte d’Ivoire. À l’approche de l’élection du 31 octobre 2025, les pseudos acquis engrangés au forceps n’ont cependant pas empêché de faire remonter à la surface des visions différentes pour l’identité et le futur du pays. Le balbutiement du Chef de l’état pour un quatrième mandat controversé, ne fait qu’attiser une atmosphère déjà combustible. Depuis début 2019, le gouvernement de Ouattara tente de limiter l’opposition et d'empêcher les adversaires potentiels de se présenter. Certains leaders politiques et non des moindres sont harcelés quotidiennement. Plusieurs d’entre eux d’ailleurs ont été arrêtés ou placés en détention. Ce sont les militants de l’opposition en général et ceux favorables à Laurent Gbagbo et Guillaume Soro en particulier qui sont devenus des habitués des tribunaux.

Damana Pickass et deux autres cadres Justin Koua et Ipko Lagui du Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPA-CI), le parti fondé par Laurent Gbagbo, ont été condamnés mercredi 12 février 2025 à dix ans de prison ferme par le tribunal de première instance d’Abidjan, mais sans mandat de dépôt. Les trois hommes, qui comparaissaient pour deux affaires différentes, ont reçu en outre une peine de dix ans de privation des droits civiques et de cinq ans d’interdiction de paraître dans des lieux publics, sauf dans leurs lieux de naissance et de travail. Justin Koua, Secrétaire général adjoint du PPA-CI, a été reconnu coupable de « troubles à l’ordre public » et d’«incitation insurrectionnelle» dans le cadre des violences préélectorales de 2020. Damana Pickass, vice-président du conseil stratégique et politique du même parti était lui, accusé avec Ikpo Lagui, député suppléant du PPA-CI à Yopougon, d’«atteinte à la défense nationale», d’«association de malfaiteurs» et d’«attentat contre l’autorité de l’Etat» à la suite de l’attaque sur le camp militaire d’Abobo Kouté dans la nuit du 20 au 21 avril 2021. Elle avait fait trois morts parmi les assaillants. Le 23 mars 2023, vingt-six membres du PPA-CI avaient déjà été condamnés en appel à deux ans de prison avec sursis pour « troubles à l’ordre public », après avoir manifesté leur soutien à Damana Pickass suite à son arrestation. Le 22 août 2024, deux cadres de GPS et proches de Guillaume Soro, Kando Soumahoro et Mamadou Traoré, ont, eux, écopé de deux ans de prison ferme et cinq ans de privation de droits civiques pour « trouble à l’ordre public». Trois militants du PDCI avaient aussi été condamnés le 23 décembre 2024 pour avoir manifesté en 2020 contre le troisième mandat d’Alassane Ouattara, qu’ils jugent inconstitutionnel. Autant de peines qui pourraient s’avérer dissuasives alors que l’élection présidentielle d’octobre commence à se dessiner.

La société civile avec à sa tête sa pionnière madame Pulchérie Gbalet n’a pas été épargnée par cette vague d’arrestations arbitraires du pouvoir en place. Pulchérie est la présidente d’Alternative Citoyenne Ivoirienne (ACI) qui est une organisation de la société civile. Militante des droits humains, elle lutte contre les injustices sociales. Elle symbolise la répression des voix dissidentes en Côte d’Ivoire. A ce titre elle a subi en 2020 une première arrestation avec deux de ses collaborateurs dans un hôtel. Dans la nuit du 15 au 16 août 2023, Pulchérie Gbalet a été arrêtée une seconde fois et placée sous mandat de dépôt à la maison d'arrêt d'Abidjan le mercredi 19 août, puis inculpée pour « troubles à l'ordre public ». Comme motif de son arrestation, ka militante avait appelé à manifester contre un troisième mandat du président Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire. Pulchérie Gbalet avait été inculpée pour incitation à la révolte, appel à une insurrection et troubles à l'ordre public, violences et voies de faits. A côté de l’Alternative Citoyenne Ivoirienne (ACI) de Pulchérie Gbalet, de la plate-forme Agir pour le peuple (AGIP) a fait entendre sa voix. Le vendredi 13 septembre 2024, pour une marche qui se voulait pacifique » et s’inscrivait dans une démarche républicaine respectueuse de l’État de droit, 25 membres de la plate-forme citoyenne Agir pour le peuple (AGIP) ont été arrêtés à Abidjan. Cinq jours plus tard, seize d’entre eux ont été condamnés par le tribunal de Yopougon à six mois de prison ferme au motif de « troubles à l’ordre public ». Le secrétaire général du collectif qui regroupe 78 collectifs et associations, Armand Krikpeu, a quant à lui été incarcéré au pôle pénitentiaire d’Abidjan pour quatre chefs d’accusation : incitation à l’insurrection, atteinte à la sûreté de l’État, trouble à l’ordre public et occupation de lieux publics. Vêtus d’un tee-shirt blanc pour signifier leur intention non-violente, plusieurs centaines de manifestants, selon AGIP, devaient converger vers la place de la République, située dans le centre administratif et politique du Plateau, pour faire entendre leurs revendications. Première d’entre elles : « la réduction du coût des denrées alimentaires et de l’électricité », alors que le prix de cette dernière a augmenté de 10 % en janvier. Puis « l’arrêt immédiat des déguerpissements » (des destructions de quartiers précaires) en cours depuis le début de l’année 2024 à Abidjan. Et enfin, « la tenue d’un cadre de concertation » politique afin d’éviter une élection présidentielle « violente et chaotique» en octobre 2025