L'Edito du 21 Mai 2024, par Cissé Sindou
Face à la montée du coût de la vie en Côte d'Ivoire, la population ne peut plus se taire.
Vendredi dernier, à la fin de la prière hebdomadaire de 13h, dans une mosquée à Cocody II Plateaux, les fidèles ont été surpris par une annonce inhabituelle de l'imam. Le guide religieux a, en effet, appelé l'assemblée à faire des contributions financières pour le paiement de la facture d'électricité du lieu de culte. "Nous sommes obligés de faire cette demande parce que notre budget ne nous permet plus de faire face à la facture. Jusque-là, les factures s'élevaient à 140.000f, 150.000f. Nous arrivions à les payer. Même à 200.000f, nous arrivions à payer. Mais notre dernière facture s'élève à plus de 300.000f. C'est trop pour nous... ", a expliqué l'imam.
A ce stade, il est important de rappeler que dans cette mosquée, comme dans bien d'autres, les charges (factures d'électricité, factures d'eau, et divers) sont financées grâce aux ressources générées par les quêtes. Et, sur la base de la somme moyenne collectée chaque semaine et déclarée après chaque prière du vendredi, un budget annuel est établi par le Comité de gestion qui fait ses prévisions de dépenses en fonction de la moyenne habituelle des montants des quêtes.
Sauf que ce Comité n'avait pas prévu un tel niveau d'augmentation du coût de l'électricité. D'où l'appel à l'aide lancé par l'imam pour obtenir une sorte de rallonge auprès des cotisants afin de faire face à la hausse inattendue de la ligne : factures d'électricité. Cet exemple est assez évocateur de l'augmentation du coût de la vie en Côte d'Ivoire. Quand on sait que l'énergie électrique intervient dans beaucoup d'activités commerciales, les effets indus pour d'autres services et denrées de grande consommation sont inévitables. D'ailleurs, concernant les denrées, les commerçants n'auront pas attendu l'augmentation récente des tarifs de l'électricité pour procéder à des hausses. Ainsi, le prix du kilo de viande a connu une série de hausses ces dernières années, pour se retrouver à 5000f aujourd'hui dans certains marchés d'Abidjan pour la viande de mouton, et plus 3000f le kilo de viande de bœuf.
"En trois semaines, le kg de tomates est passé de 800f à 2000f et à 2500f, plus cher que la pomme de terre importée", alertait dimanche dernier sur les réseaux sociaux, l'activiste de la société civile Pulcherie Gbalet. La bouteille d'huile de 1 litre qui était à 800f avant, est passée à 1250f aujourd'hui à la boutique. Le car- ton de carpes est passé de 15000f à 19000f, le sac de riz rizière, de 13 500f à 17000f ou plus. Les conséquences de ces hausses, sans oublier les coûts élevés du transport, des loyers, et des frais de santé, c'est un quotidien de plus en pénible pour les ménages. Chose surprenante, la grogne semble agacer le pouvoir et certains de ses parti- sans visiblement payés pour toujours nier l'évidence et dé- fendre indéfendable. Pourtant, la souffrance est réelle pour tous, sans distinction d'opinion politique.
Face à cette situation, les citoyens ne peuvent plus rester silencieuses. Ils attendent des mesures fortes des autorités pour résorber cette inflation. Les électeurs ont élu des dirigeants à la tête du pays parce qu'ils ont cru en leur capacité à concevoir et mettre en œuvre des politiques pouvant améliorer leurs conditions de vie. Elles n'ont pas élu des dirigeants pour s'entendre dire que la cherté de la vie est "un phénomène mondial". Ce discours est une fuite en avant. Il montre l'impuissance de celui qui le tient. Car, si cette seule phrase devait être un mode de gouvernance, tout citoyen lambda aurait pu diriger le pays. Il faut donc cesser de tout ramener à c'est "un phénomène mondial" et trouver des solutions locales. Cela soulagera surtout notre imam.
