Écouter l'article

𝗣𝗮𝗿 𝗞𝗮𝗱𝗲𝗿 𝗗𝗜𝗔𝗥𝗥𝗔𝗦𝗦𝗢𝗨𝗕𝗔

En Côte d’Ivoire, le foncier urbain est un champ de bataille silencieux où s’affrontent propriétaires légitimes, spéculateurs sans scrupules et réseaux mafieux. Chaque jour, des familles sont expulsées des terres qu’elles croyaient leur appartenir, des acquéreurs découvrent que leur terrain a été vendu plusieurs fois, et des quartiers entiers surgissent dans l’illégalité la plus totale. Cette crise foncière, envenimée par l’absence d’un cadastre fiable, la corruption endémique et le laxisme de l’État, est une véritable bombe sociale. Si rien n’est fait, elle pourrait exploser en affrontements violents et en instabilité durable.

Un cadastre fantôme, source de tous les maux

Comment peut-on prétendre organiser l’urbanisme d’un pays sans un cadastre précis et actualisé ? En Côte d’Ivoire, l’opacité du système foncier est une plaie béante. Des hectares entiers sont attribués sur la base de documents douteux, et une même parcelle peut être vendue à plusieurs acquéreurs, chacun présentant un titre censé être authentique. L’absence d’un registre foncier centralisé et numérique favorise les litiges interminables et la montée des tensions. L’administration, engluée dans des lourdeurs bureaucratiques kafkaïennes, peine à répondre aux demandes de régularisation. Les procédures d’obtention d’un titre foncier sont si complexes que les citoyens, découragés, tombent dans les filets d’intermédiaires véreux. Résultat : des milliers d’Ivoiriens investissent dans un terrain sans jamais être sûrs d’en être réellement propriétaires.

Mafias foncières : quand l’État devient prédateur

Si l’opacité du cadastre pose problème, la corruption qui gangrène l’administration foncière est un véritable cancer. Derrière chaque litige foncier, derrière chaque expulsion arbitraire, se cache souvent un réseau criminel mêlant agents du ministère de la Construction, notaires et souventes fois, des chefs coutumiers. Les exemples sont légion.

L’affaire «Djorogobité» illustre à quel point le système est pourri de l’intérieur. Des titres fonciers ont été délivrés en violation flagrante des décisions de justice, plongeant des familles entières dans la détresse. Pendant ce temps, les mafieux du foncier prospèrent, jouissant d’une impunité scandaleuse. Les pots-de-vin sont devenus la règle dans les services du ministère de la Construction. Un titre foncier légal peut prendre des années à être obtenu par une procédure classique, alors qu’une simple enveloppe peut en accélérer l’octroi en quelques semaines. Dans ces conditions, comment s’étonner que les citoyens se détournent des voies officielles et se ruent vers le marché noir du foncier ?

L'État, spectateur de sa propre défaillance

Face à cette anarchie, la réaction de l’État est aussi tardive qu’inefficace. Les constructions illégales prolifèrent sous ses yeux, les lotissements clandestins s’étendent à perte de vue, et ce n’est qu’une fois les quartiers bâtis que les bulldozers interviennent, plongeant des milliers de familles dans le chaos. Cette gestion réactive et non anticipative du problème ne fait qu’envenimer la situation. Les démolitions massives, souvent brutales, ne règlent rien. Elles alimentent au contraire un sentiment d’injustice et de révolte chez les populations qui voient en l’État un oppresseur plutôt qu’un protecteur. Les expropriations arbitraires sans réelle indemnisation, créent un terreau fertile pour la colère sociale et le désespoir.

Quelles solutions pour éviter l’implosion ?

Face à cette situation explosive, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme en profondeur. Parmi elles, Guillaume Soro, Président de GPS qui propose une série de mesures concrètes pour sortir de cette spirale infernale :

- Fermeté contre les fraudeurs : Il est impératif de sanctionner sévèrement les agents publics, les acquéreurs véreux et les autorités coutumières impliqués dans des transactions frauduleuses. La tolérance zéro doit être la règle.

- Simplification des procédures foncières : L’obtention d’un titre foncier doit être rapide, transparente et accessible à tous, pour décourager la corruption et l’illégalité.

- Création d’une juridiction spécialisée : Un tribunal foncier dédié permettrait de traiter plus efficacement les litiges et d’accélérer le règlement des contentieux.

- Accompagnement des populations : Une sensibilisation massive et un encadrement juridique des acquisitions foncières sont indispensables pour éviter que les citoyens ne tombent dans les pièges des escrocs.

La crise du foncier urbain est une menace grave pour la stabilité sociale en Côte d’Ivoire. Si des réformes urgentes ne sont pas mises en place, le pays risque de voir se multiplier les affrontements, les expulsions violentes et l’exaspération populaire. Il est encore temps d’agir, mais pour combien de temps ?