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Nommé Premier ministre en mars 2007 au terme de l’Accord politique de Ouagadougou, Guillaume Soro a sans doute connu l’une des pires frayeurs de sa vie, en se rendant le 29 juin de la même année à Bouaké, son fief, pour poser un acte, crucial pour le processus de sortie de crise.
C’est cela l’évidence. Les assaillants et leurs commanditaires voulaient certainement éliminer Guillaume Soro, accusé d’avoir trahi… Qui ? Comment ? Seuls ceux qui en voulaient à l’ancien Premier ministre, peuvent répondre à ces interrogations, loin d’être les seules questions nécessaires pour lever le voile sur les motivations de cet attentat. « C’est au nom du dialogue et de la réconciliation que je partais à Bouaké pour installer les magistrats quand on a tiré sur mon avion. Trois roquettes, quatre morts sur-le-champ, parce qu’on disait que j’avais trahi, que Gbagbo m’avait donné de l’argent, m’avait acheté », confie Guillaume Soro à des Ivoiriens, en 2018, lors d’une mission parlementaire au Canada.
« Je touche du bois, si ce jour-là, le 29 juin 2007, j’étais mort, ça allait réjouir certains. Ils auraient dit : ‘’ah oui, Guillaume, on lui a dit d’aller combattre Gbagbo, il est allé se laisser acheter par Gbagbo et puis Gbagbo l’a tué. Donc, c’est bien fait pour lui, c’est le sort des traîtres’’. Et mes enfants, aujourd’hui, seraient en train d’errer à travers la planète pour chercher leur pitance quotidienne. C’est Dieu qui a voulu que je ne meure pas dans cet attentat », ajoute celui qui est passé président de l’Assemblée nationale en 2012, après avoir quitté la Primature.
Il partait à Bouaké, pour procéder au « redéploiement du corps préfectoral et de l’administration judiciaire dans les zones CNO, en vue du démarrage effectif des audiences foraines, prélude à l’identification des populations et des électeurs. C’était une visite de travail du premier ministre de Côte d’Ivoire à Bouaké, pour une opération essentielle du processus de sortie de crise », selon des explications fournies cinq ans après l’attentat, l’ancien ministre, Konaté Sidiki, qui était du voyage, dans un témoignage qu’il avait partagé sur sa page Facebook. « L’avion atterrit en beauté ; amorce un virage calmement. C’est l’avant dernier virage avant de regagner la piste d’accueil, distante de quelques 3 km encore. Le Premier ministre me demande l’heure. Je n’ai pas fini de regarder mon portable que je venais d’allumer, qu’un coup violent brisa le silence dans l’avion (…) Tout d’un coup la cabine se noircit de fumée ocre et étouffante. Les fils électriques prennent feu. Le Premier ministre qui fait dos à la deuxième cabine tente de tourner pour comprendre l’origine de ce bruit. Je n’arrive pas à lui dire ce qui se passe car je ne comprends pas aussi. Simultanément, des tirs nourris de mitraillettes transpercent de partout l’avion. On commence à réaliser que nous sommes attaqués », a poursuivi dans ce témoignage, l’actuel député de Man et vice-président de l’Assemblée nationale. Un récit qui rend bien compte de la gravité de la situation. Ceux qui avaient des comptes à régler avec Guillaume Soro, étaient donc prêts à tuer tout ce monde qui avait pris place dans ce Fokker 100. Pour quels résultats ?
Les enquêtes que tous appelaient de leurs vœux, auraient certainement apporté un début de réponse à cette autre question. Manifestement, la vérité paraît gênante. D’où tous les efforts pour que même 17 ans après, les Ivoiriens ne sachent pas grand-chose de cet attentat.
