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Depuis les indépendances de nos États africains et surtout après l’instauration de la démocratie, nous constatons avec amertume l’intrusion et l’instrumentalisation fréquente du politique au sein de l’appareil judiciaire à des fins personnelles ou idéologiques.
En effet, la justice est considérée comme un pouvoir dont le politique a recours pour régler des comptes et des différends avec des opposants ou des adversaires gênants, discréditant son indépendance et sa neutralité vis-à-vis des populations et renforçant les suspicions. C’est ce que vivent actuellement les principaux opposants de notre pays la Côte d'Ivoire, entre autres l’ex-Président de la République Laurent Gbagbo, l'ex Premier ministre et ex Président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, Président du Parti politique le COJEP, tous trois radiés de la liste électorale parce que condamnés à de lourdes peines d’emprisonnements. Ce qui les empêche de participer librement et sereinement au jeu électoral dans leur pays la Côte d’Ivoire. Les moins chanceux comme Guillaume Soro quant à lui continue d'être maintenu en exil.
Pourtant, la justice devrait être cet instrument politique qui rassure à travers ses actes posés au sein de la société. La justice doit rester neutre vis-à-vis du politique car elle joue un rôle indispensable dans la moralisation de notre société. Les partenaires au développement de nos États accordent du crédit aux pays dont la justice est indépendante, neutre vis-à-vis du politique et qui ne reçoit pas d’injonction. Le pouvoir exécutif passe avec l’instauration des alternances démocratiques. Un régime ne peut durer que 10 ans. Or, la carrière d’un magistrat court sur 35 ans voir 40 ans. Il faut savoir raison garder pour ne pas être manipulé. L'inféodation de la justice au politique est une raison pour les Institutions internationales de ne pas prêter des fonds aux pays. Fort heureusement certains pays africains sortent du lot tels que le Ghana et le Kenya (deux pays parmi d'autres dominés par les ex-colonies britanniques qui sont des exemples en la matière.
La justice doit mettre de l’ordre et non créer le désordre au sein de la société. Notre appareil judiciaire gagnerait à redorer son image auprès de l’opinion publique. La démocratie et la justice constituent une paire indispensable pour le développement harmonieux d’un État. C’est pourquoi la Justice doit pleinement jouer son rôle. Aujourd’hui sur notre continent s’il y a des changements anticonstitutionnels, c'est bien parce que l’institution judiciaire y a sa part de responsabilité et pour cause.
Les changements de Constitutions se font souvent avec le soutien des Présidents des Conseils Constitutionnels. Le pouvoir de gratitude ne devrait pas se manifester à tout moment. Il faut savoir dire la vérité à son bienfaiteur quand celui-ci dépasse ses prérogatives et se croit au-dessus des lois que nous nous sommes librement fixées. Notre conscience et notre libre-arbitre doivent nous interpeller à chaque manquement de notre serment en tant que juge ou auxiliaires de justice. La Grande muette n’est pas sourde aux soucis de la société et ce sont les remous sociaux qui attirent les coups d’États militaires sur le continent.
GOORÉ Yves Axe
