Par Abi-Daman KONE Rédacteur en chef de la Revue GPS
Le 26 juillet 2024, Générations et Peuples Solidaires (GPS) soufflait cinq bougies. En effet, du souffle, le mouvement politique créé par Guillaume SORO, ex Premier ministre et ex-Président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire, en a encore à revendre après cinq années éprouvantes, écartelé entre obligation de résilience et sentiment d'espérance. Cette espérance qui habite toute organisation politique d'accéder au pouvoir d'État et de l'exercer.
Naissance sur fond de rupture politique et idéologique.
Quand le 26 juillet 2019, Guillaume SORO annonçait la création de Générations et Peuples Solidaires, c'était sans grande surprise car six mois plus tôt, soit le 8 février 2019, fut actée la rupture politique d'avec Alassane OUATTARA, Président de la République et Président du RHDP. Ce jour-là, depuis le perchoir, le Président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire rendait le tablier lors d'une session extraordinaire de l'institution parlementaire. Sur les raisons de sa démission, il déclara : "En ce mois de janvier 2019, j’ai eu le privilège de plusieurs audiences avec le Président de la République notamment le 5 janvier et le 25 janvier. Il a été question de mon engagement politique et de mon positionnement idéologique vis-à-vis du Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Cette question aussi importante soit-elle a nécessité, de ma part, réflexion et décision. Oui, j’ai choisi de ne pas m’engager au sein du RHDP unifié. Ainsi, je n’ai point pris part au Congrès ordinaire du 26 janvier dernier au stade Félix Houphouët-Boigny. Grave erreur ! Grave faute ! Ont tôt fait de clamer certains de mes compères. Mais voyez-vous je suis homme à croire plus au jugement de l’histoire qu’au jugement des hommes. En ce qui me concerne, il ne peut être question de défiance mais plutôt du désir d’harmonie entre mes convictions, mes valeurs et ma conscience. Et là-dessus, c’est sans hésitation. Le fait est que j’étais face à un dilemme : soit trahir mes convictions en allant au Congrès pour ainsi dire sauver un poste confortable ; soit rendre ma démission de mes fonctions de Président de l’Assemblée nationale et ainsi être capable de me regarder dans une glace. Y avait-il une alternative ? Non on ne m’en donnait aucune, absolument aucune." La rupture politique sur fond idéologique était ainsi consommée. Dans la foulée, le démissionnaire annonça à la presse sa volonté d'aller à la conquête du fauteuil suprême, celui de la Présidence de la République. Pour ce faire, un instrument politique était nécessaire. À la mi-février soit une semaine après sa démission, il créa le Comité politique. Se refusant d'être un parti politique, cet instrument politique se fixait pour mission de mener des réflexions sur les grandes questions d'intérêt national, de proposer des instruments et des cadres de promotion de la démocratie, de consolidation de l'État de droit et l'affermissement des valeurs républicaines. Et c'est ce Comité politique qui a servi de socle à GPS, mouvement citoyen créé six mois plus tard avec pour mission clairement définie de conduire Guillaume SORO à la magistrature suprême du pays.
Une répression brutale et sans répit.
La création de GPS précisant les ambitions présidentielles de son Président-fondateur, était aux yeux du pouvoir d'Abidjan, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Dès lors, Guillaume SORO allait devenir persona non grata dans son pays. Après un séjour de six mois en Europe, son retour au pays le 23 décembre 2019, empêché par un déploiement massif de soldats à l'aéroport d'Abidjan, marqua le top-départ d'une vaste répression politico-judiciaire. Le même jour, le Procureur de la République, lors d'une conférence de presse, annonça l'émission d'in mandat d'arrêt international contre l'opposant pour tentative d’atteinte à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national. En outre, une information judiciaire était ouverte pour détournement de deniers publics, recel et blanchiment de capitaux portant sur la somme de 1,5 milliard de francs CFA. Plusieurs de ses proches dont des députés qui s'activaient à l'accueillir furent mis aux arrêts et écroués. Le caractère politique de ces poursuites judiciaires ne faisait aucun doute. Car tant qu'il était membre du RHDP, Guillaume SORO était un citoyen irréprochable. Une preuve supplémentaire de la supercherie fut l'acquittement et la libération progressifs des prisonniers au rythme de leurs retours dans le parti présidentiel. Le 23 juin 2021, la situation du mouvement citoyen empira avec la décision du Tribunal criminel de le dissoudre ; décision confirmée en appel le 13 février 2023. Aujourd'hui, GPS compte encore des détenus politiques et des exilés dont son Président.
Une vie de résistance dans une quasi-clandestinité.
Malgré une décision de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) en date du 22 avril 2020 ordonnant à l'État de Côte d’Ivoire de suspendre le mandat d’arrêt contre Guillaume SORO, son mouvement et de remettre en liberté 19 de ses proches emprisonnés, le pouvoir ivoirien fit la sourde oreille. Dès lors, GPS et ses membres, fort d'un côté de la légalité rétablie par la justice supranationale et persécutés de l'autre par l'arbitraire d'État, vont se voir imposer une vie de résistance dans une quasi-clandestinité.
Une organisation interne méthodique.
Malgré la répression et la vie de quasi-clandestinité à lui indûment imposée, le mouvement citoyen ne va cesser de s'organiser et de se structurer. L'une des étapes cruciales de cette organisation a été la cérémonie de restitution du rapport de fusion des partis et mouvements affiliés à GPS qui eut lieu le 19 novembre 2022 au siège d'Abidjan-Cocody du parti frère du PDCI-RDA. Ce jour-là, ce sont près de 80 partis et mouvements qui marquaient leur adhésion libre, pleine et entière à GPS. Le 13 août 2022, la Conférence nationale d'expression citoyenne (CNEC), l'équivalent du Congrès chez maints partis politiques, se réunissait. À l'issue de cette rencontre, une Séance extraordinaire fut convoquée le 17 septembre 2022 à l'effet de procéder conformément aux textes, à l'élection du Président et des Commissaires aux comptes. Et c'est sans surprise que Guillaume SORO fut réélu avec l'écrasant taux de 97,34 %. Depuis lors, celui-ci se mit à la tâche de restructuration. Ainsi fut mise en place la Commission d'Orientation et de Coordination (COC) avec le chiffre record de 736 membres. Puis suivirent plusieurs commissions techniques dont :
- La Commission Formation et Livres
- La Commission Communication, Médias et Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication.
- La Commission diplomatie et relations internationales.
- La Commission justice et droits de l'homme.
- La Commission solidarité et actions sociales.
- La Commission de la mobilisation des ressources
- La Commission réforme des textes.
- Le Comité de confection du fichier électoral.
GPS, mouvement d'espérance pour une terre d'espérance.
Contre les vents contraires et les tempêtes, GPS fait son petit bonhomme de chemin. Le Mouvement s'organise et se structure méthodiquement conformément à l'agenda promis par son Président aux militants. Loin de s'effilocher, ses rangs ne font que grossir au fil du temps. Suffisant pour être prêt pour les élections présidentielles immédiates d'octobre 2025 ? À un peu plus d'un an de cette échéance, son Président demeure en exil et exclu du jeu électoral par des condamnations judiciaires politiquement motivées. Les dernières actualités qui ont évoqué des appels téléphoniques cordiaux entre lui et le Président Ouattara indiquent un frémissement dans le sens d'un apaisement et qui sait, d’un retour au bercail ivoirien. Quoi qu'il en soit, qu'elle vienne de la volonté politique ou de la providence, la compétition politique finira par s'ouvrir. Que ce soit en 2025 ou plus tard, il faudra bien compter sur Guillaume SORO, leader de la nouvelle génération politique. Car tous sont unanimes qu'après la génération des octogénaires qui ont marqué la politique ivoirienne des trois dernières décennies, celui qui incarne au mieux l'avenir politique immédiat est le Président de GPS. C'est que l'homme, au-delà de son parcours syndical et politique, incarne la diversité ivoirienne. De l'ethnie sénoufo, ce chrétien originaire du nord à majorité musulmane, a pour épouse une ivoirienne du sud de l'ethnie bété. Il est donc le trait d'union parfait entre un nord à majorité musulmane et un sud à majorité chrétienne, opposés par trois décennies de politique tribale, sectaire, héritage des vétérans dont les soleils se couchent sur la Côte d'Ivoire, cette terre d'espérance promise à l'humanité par son hymne.
